DOSSIER – L’entrepreneuriat social ou une promesse d’avenir

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« Les entrepreneurs sociaux ne se contentent pas de donner un poisson, ou d’enseigner la pêche. Ils n’auront de repos que lorsqu’ils auront réussi à révolutionner l’industrie de la pêche. » Bill Drayton, Fondateur d’Ashoka. 

L’entrepreneuriat social est un concept économique relativement vieux car développé depuis plus de vingt ans maintenant, mais qui par ces temps de crise économique, sociale et identitaire, est en plein essor partout dans le monde.

Notre époque est charnière, nous constatons la fin manifeste d’une certaine idéologie persistante depuis trop longtemps, celle du capitalisme à outrance.

Nous sommes en effet plus que jamais dans une période de transition entre deux paradigmes, il y a d’un coté le monde dépérissant où les modèles économiques s’enchaînent et se répètent mais s’essoufflent et peine à présent à se renouveler, montrant ainsi leurs vrais visages et dévoilent leurs terribles symptômes comme l’extrême pauvreté, les sentiments d’exclusion jamais autant marqués, un taux de chômage sans égal, des inégalités toujours réelles, une pollution gangreneuse et enfin une rareté des ressources toujours plus croissante. Et d’un autre coté, un monde où le capitalisme est exacerbé, où les fortunes se font et se détruisent aussi vite, un modèle qui n’a plus réellement sa place mais que les États peinent à réformer compte tenu de l’arthrose qui s’est répandue dans leurs institutions.

Il est venu le temps d’une société où l’Homme est au centre de ses préoccupations et de ses activités économiques. Une société à mi-chemin entre l’économie de marché financiarisé et la prédominance de l’État, une société qui a choisi la voie de l’émancipation, une société portée par les entrepreneurs sociaux.

Qu’est-ce qu’on entend par ce concept ?

Le désengagement progressif de l’État-providence et les besoins sociaux toujours plus grandissant on permit l’essor des entrepreneurs sociaux au début des années 80 dans plusieurs pays anglo-saxons. Ce concept s’est ensuite repandu dans l’ensemble de l’Europe, sous des formes diverses et variées que l’on regroupe à présent dans la famille des « entreprises sociales ». En France, ce concept constitue une partie intégrante de la traditionnelle Économie Sociale et Solidaire car l’entrepreneuriat social s’est développé en parallèle de l’économie sociale et de l’économie solidaire.

Sans faire de cours d’économie, on définit l’économie sociale par les statuts propres qui la composent, à savoir : les associations, les fondations, les coopératives et les mutuelles. Ces structures placent l’homme au cœur de leurs objectifs et non le capital même si on voit des dérives parfois, et se caractérisent par une gestion collective. Tandis que l’économie solidaire rassemble des organisations dont l’objectif principal est l’utilité sociale. L’entrepreneuriat social souhaite répondre à toutes ces préoccupations mais par le biais de l’entrepreneuriat, il y a donc une part de capitalisme mais c’est un moyen et non une finalité en soit.

Des chiffres pour y voir plus clair.

D’après le Ministère de l’Économie, l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) représente actuellement 10,3% de l’emploi français, et 13,9% de l’emploi privé. Cela rassemble 2,36 millions de salariés et permet des rémunérations brutes versées d’un montant total de 56,4 milliards d’euros. C’est +24% d’emplois depuis treize ans, soit 5 fois plus que hors ESS. On estime ainsi à 600 000 recrutements prévus d’ici 2020 en raison des départs à la retraite. C’est un secteur important comme vous le voyez et qui croit d’années en années.

Est-ce une substitution à l’État ?

Beaucoup pense que l’entrepreneuriat social est un nouveau paradigme, mais beaucoup le vilipendent comme étant un simple effet de mode mettant à jour une vieille pratique. Quand on constate l’engouement que ce concept peut avoir et le développement dont il fait l’objet, avec l’apparition de pratiques toujours plus innovantes les unes des autres, est-ce bien sérieux de dire qu’il s’agit d’un simple effet de mode ?

Les besoins sociaux sont en constante croissance et complexification. Les services publics peinent à tenir la cadence par leurs lourdes administrations, trop peu innovantes et efficaces, car non adaptées à ce « sur-mesure de masse ». Et en outre, la vision court-termiste de la rentabilité du capitalisme ne permet pas non plus de fournir des solutions très optimales pour tous ces besoins. Le coût des prestations se fait directement ressentir dans le porte-monnaie des utilisateurs, qui sont généralement déjà bien appauvris quand ils font appel à ces services.

On sait que les besoins financiers que nécessitent les missions sociales ne sont pas négligeables, que cela pèse beaucoup sur les communes, et par ces temps de crise, les finances publiques ne sont pas en reste, les communes ne peuvent continuer à gérer certaines activités par manque de moyens. Ainsi les fluctuations que peuvent connaître les caisses des organisations de l’économie solidaire présentent de grands risques pour leurs développements. L’activité commerciale se trouve être une nécessité pour leur maintien.

Grâce à l’entrepreneuriat social, ces activités développent leurs propres ressources et ne sont pas uniquement tributaires des subventions publiques. D’autant plus que l’État se désengage dans de plus en plus de secteurs, c’est donc de nouveaux terrains de jeux qui se créer de jours en jours pour les entrepreneurs sociaux. On constate une multiplication des acteurs et des organisations sociaux, augmentant ainsi la compétition et donc la recherche de solutions innovantes. Par cette compétition de plus en plus intense, les coupes budgétaires des subventions publiques et la pression des acteurs financiers, les premiers acteurs sociaux doivent muter et beaucoup optent pour des modes de gouvernance proches des entreprises privées.

Ainsi dans ce sens l’entrepreneuriat social ne se substitue pas à l’État mais œuvre bien au contraire en complémentarité de celui-ci, afin de créer une activité économique viable, capable de répondre aux besoins sociaux et environnementaux comme l’accès aux soins, aux énergies ou encore au logement.

L’entrepreneur social est avant tout un entrepreneur, il est en cela un entrepreneur comme un autre.

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La crise que nos sociétés traversent en ce moment est perçue par beaucoup de personnes comme une réelle opportunité de concevoir des solutions nouvelles pour rentre les sociétés davantage solidaire, durable et collaboratif. L’individu n’a peut être jamais eu autant le pouvoir de changer les choses qui l’entourent. Mohammed Yunus, Prix Nobel de la Paix dit même qu’il s’agit de « supers pouvoirs ».

Le numérique a changé nos vies, une action locale et individuelle peut à présent avoir des répercussions importantes à un autre endroit du monde. Les entrepreneurs sociaux ne cherchent pas la simplicité, ils s’attaquent à des problèmes que peu de personnes souhaitent prendre en main, et ils cherchent à changer en profondeur le système qu’ils constatent déplorable.

Le souhait d’entreprendre « autrement » est le credo des entrepreneurs sociaux. Ils veulent capitaliser sur la valeur sociale plutôt qu’un profit quelconque, au travers d’un projet économiquement viable avec l’utilisation d’instruments de gestions dits « classiques ». Cette recherche d’une pérennité et d’une efficacité économique s’allie à une recherche d’un changement systémique et dense. En effet l’entrepreneur social analyse une situation dans la société où il a identifié un blocage ou un problème. Il cherche des solutions nouvelles afin de résoudre le problème en profondeur mais aussi de manière durable. Il s’attaque aux causes du problème plutôt qu’aux symptômes.

C’est donc un entrepreneur comme les autres en fin de compte.

L’entrepreneuriat social et son écosystème en pleine expansion

Les grandes entreprises françaises ont constaté l’opportunité de croissance qualitative que peut véhiculé l’entrepreneuriat social, c’est pourquoi on a vu émerger ces dernières années une multitude de partenariats stratégiques entre les deux mondes, fondés sur une stratégie win-win, ces partenariats sont par exemples, SFR et Emmaüs Défi, le groupe Danone et Siel Bleu ou encore Blédina et la Croix-Rouge

Le financement est essentiel pour un entrepreneur qui développe un projet, et à l’origine les modes de financement étaient trop peu ouverts à l’entrepreneuriat social. Mais ces cinq dernières années de nombreux acteurs sont apparus, il y a notamment des fonds d’investissements sociaux comme Citizen Capital ou encore le Fonds d’investissement dans l’innovation sociale (FISO), multipliant ainsi les leviers de croissance.

Les entrepreneurs sociaux étaient également trop peu conseillés et accompagnés dans l’élaboration de leurs business plans, mais on constate à présent une mutualisation des expériences, avec notamment des programmes entrepreneurial social comme à l’AVISE qui a décidé de mettre en place un système de coaching, ou encore le programme « Entreprendre autrement » mis en place par Réseau Entreprendre. Aujourd’hui il existe de nombreux réseaux d’entrepreneuriat social. Les plus connus sont l’Ashoka et le mouvement des entrepreneurs sociaux Mouves. Et afin d’aider l’entrepreneuriat social à acquérir une plus grande visibilité, des associations comme l’ADDES se sont données pour mission de développer les données de l’économie sociale. L’AVISE, ingénierie et services pour entreprendre autrement est le premier centre de ressources de cet entrepreneuriat du changement. La France c’est doté d’un écosystème dynamique pour favoriser l’essor des entrepreneurs sociaux.

Le milieu académique n’est pas en reste, on a vu se créer au sein des Universités et des grandes écoles, des formations dédiées à l’économie sociale et solidaire et à l’entrepreneuriat social. A l’instar de la chaire Entrepreneuriat Social de l’ESSEC ou l’Executive Master Entrepreneur Social de l’Université Paris-Dauphine constitué d’enseignants chercheurs en économie, gestion, sociologie et de professionnels experts du groupe SOS. On y apprend que la force positive de l’entreprise est un puissant levier d’innovation sociale pouvant répondre aux plus grands enjeux de notre société.

Le financement participatif aide également l’entrepreneuriat social à se concrétiser, avec les plateformes de crowdfunding Babyloan, Blues Bees ou encore Spear, les entrepreneurs sociaux peuvent financer leurs projets de création d’entreprise avec l’aide des épargnant.

L’épargne salariale solidaire finance également l’innovation et l’expérimentation sociale.

Les médias ont eux aussi compris le potentiel que représente l’entrepreneuriat social. Le journal Libération a lancé en novembre dernier sa semaine de l’entrepreneuriat social. De nombreux magazines et webzines ont décidé de se focaliser sur l’ESS, c’est le cas de We Demain, Sparksnews, Socialter ou encore Youphil. On voit naître des nouveaux genres de journalismes comme le journalisme positif, d’impact ou de solutions. Ces termes fleurissent pour désigner un traitement de l’information qui privilégie l’information constructive. Leurs ambitions sont de donner l’envie d’agir en mettant en lumière des exemples d’initiatives concrètes.

En quelques années seulement, l’entrepreneuriat social s’est révélé être un moteur d’emploi, d’innovation et de changement conséquent. Son impact économique et social est visible et témoigne ainsi de la viabilité de son modèle.

Cela fait beaucoup à assimiler mais je vous invite à approfondir le sujet et de découvrir par vous-même les nombreux acteurs de tout cet écosystème.

Sachez en tout cas que le Boston Consulting Group remet chaque année le Prix de l’Entrepreneur social (ici le lien) organisé avec la Fondation Schwab pour l’Entrepreneuriat Social, alors restez en alerte, de belles découvertes sont annoncées, le mouvement est en marche…

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