« Danger de la lumière bleue » : un risque mal nommé

Devant le nombre croissant d’articles dont le titre associe la lumière bleue à un danger pour l’humain, le Syndicat de l’éclairage publie ce jour une mise au point.

La synthèse des publications scientifiques aujourd’hui disponibles permet une conclusion rassurante, nous vous expliquons pourquoi : Pour bien comprendre, un petit retour en arrière est nécessaire afin de ne pas confondre les deux catégories bien distinctes des effets de la lumière, la première sur le rythme circadien, la seconde sur la santé de l’œil.

Du côté de la réglementation, les utilisateurs sont bien protégés puisque les normes auxquelles elle fait référence ont été mises à jour pour tenir compte des LED et de l’évolution des produits. La dernière publication de la Commission Internationale de l’Eclairage explique aussi que « les limites d’exposition aux dangers de la lumière bleue de lampes à incandescence ou de LED sont équivalentes pour des températures de couleur similaires ».

Le terme impropre de « danger » a surtout été utilisé par des imprécateurs cherchant à s’attirer davantage d’audience. Car la lumière, vitale pour l’homme, est essentielle pour réguler notre rythme circadien et notre humeur.

Régulièrement, des articles paraissent sous un titre associant la lumière bleue à un danger pour l’humain. Cette approche n’est pas la bonne, et le Syndicat de l’éclairage saisit aujourd’hui l’opportunité d’une récente publication de la CIE (Commission internationale de l’éclairage) pour une nouvelle mise au point à ce sujet de la lumière bleue et ses effets.

En effet, depuis notre dernier communiqué sur le sujet de la lumière bleue, en janvier 2017, le thème d’un potentiel impact de la lumière bleue des écrans ou de l’éclairage sur notre santé ou notre sommeil, et l’expression des « dangers de la lumière bleue » reviennent souvent. Cette approche confond les conséquences photobiologiques de la lumière sur l’homme, et les dommages photochimiques qu’elle peut causer : deux effets pourtant fondamentalement différents !

Par ailleurs cette approche est souvent fondée sur un avis de l’Anses daté d’octobre 2010 : compte tenu de l’évolution des normes et techniques, il est aujourd’hui largement obsolète et le Syndicat de l’éclairage a engagé volontairement dès 2015 une démarche visant la mise à jour de ce rapport.

Petit retour en arrière

L’homme n’est pas un être cavernicole : il est fait pour vivre le jour, et à l’extérieur. L’œil s’est donc développé pour être efficace dans ce contexte : à ce titre, il dispose – outre les cônes et les bâtonnets bien connus – d’un photorécepteur découvert il y a peu, dont la fonction est de capter la composante bleue de la lumière, afin de transmettre cette information au cerveau et synchroniser l’horloge biologique. Depuis 1962 et l’expérience souterraine « Hors du temps » de Michel Siffre, nous savons que le rythme biologique est de 24 h 30 : c’est bien la synchronisation avec la lumière du jour, et en particulier sa composante de bleu, qui permet à l’homme de retrouver un rythme de 24 heures. La lumière bleue est donc nécessaire à l’homme, et une variation des apports en lumière bleue peut influencer la santé et l’humeur (la dépression saisonnière est un exemple typique de pathologie causée par un manque de lumière durant l’hiver).

Néanmoins, la lumière, à certaines doses, bien plus fortes, peut avoir des effets plus directement dommageables : les coups de soleil, causés par les rayons UV, en sont l’exemple le plus connu. L’observation directe du soleil – notamment durant les phases d’éclipse – est aussi une cause de dommages rétiniens ; heureusement, notre corps sait se protéger et par réflexe, le regard se détourne des sources de lumière éblouissantes, évitant ainsi de graves dommages photochimiques (destructions de cellules pouvant aller jusqu’à la cécité).

Nous avons donc là deux catégories bien distinctes des effets de la lumière, la première sur le rythme circadien, la seconde sur la santé de l’œil, et il convient de ne pas confondre sous les mêmes termes.

L’éclairage artificiel, un usage très encadré

Puisqu’il semblait que la lumière devait être, dans certains cas, manipulée avec précaution, les scientifiques et les fabricants ont élaboré un cadre pour définir le risque photobiologique : les sources de lumières sont classées de RG0 (sans risque) à RG3. Aujourd’hui, la loi exige que tous les matériels d’éclairage – lampes, luminaires – mis sur le marché européen aient subi une évaluation de ce risque. Ainsi, les sources classées RG2 ou RG3, destinées à des usages scientifiques ou industriels doivent être équipés d’un marquage spécifique. Mais cela ne concerne finalement que quelques cas particuliers : l’immense majorité des produits d’éclairage est classée RG0 et RG1, c’est-à-dire sans risque ou avec un risque faible pour un usage normal pour la plupart des utilisateurs.

De fait, selon la CIE, « pour la plupart des éclairages, les limites d’exposition aux dangers de la lumière bleue de lampes à incandescence ou de LED sont équivalentes pour des températures de couleur similaires. Des mesures ont montré que les limites d’exposition au danger aigu de la lumière bleue ne sont pas dépassées dans les conditions d’usage auxquelles on peut raisonnablement s’attendre. De plus, les niveaux d’exposition sont souvent plus bas que ceux auxquels on est confronté à l’extérieur lorsqu’on regarde un ciel bleu ».

Interrogé par le Syndicat de l’éclairage, le directeur de la Division 6 de la CIE, M. John O’Hagan , précise que « les expositions proches de la limite d’exposition à la lumière bleue sont peu probables dans la pratique, ne provenant probablement que de sources RG3 (selon la norme NF EN 62471) ». Cela signifie que pour la population générale, qui ne sera jamais exposée à des sources autres que RG0 ou RG1, on peut considérer le risque photobiologique comme inexistant.

Quelques recommandations restent cependant à faire pour les cas suivants, qui sont à éviter :

  1. 1. Non-maîtrise accidentelle des paramètres d’exposition (torches, jouets pour enfants) >> bannir les LED témoin bleues ;
  2. 2. Exposition professionnelle à des sources de fortes intensités (régisseurs lumière, etc.) >> porter des équipements de protection individuelle adaptés ;
  3. 3. Non-maîtrise par mésusage volontaire (type séance de chromothérapie) >> à éviter

John O’Hagan rappelle enfin utilement qu’il est « important de reconnaître que regarder des lumières extrêmement brillantes est un comportement inhabituel ».

La lumière, régulateur de l’humeur et du rythme circadien

La lumière est un puissant synchronisateur de nos rythmes biologiques. En effet, une exposition à une lumière suffisamment intense, suffisamment chargée en bleu, en soirée peut provoquer un retard de l’endormissement et semer le désordre dans nos rythmes. S’ensuivront un sommeil de moins bonne qualité, une plus grande fatigue, de l’irritabilité… les conséquences sont multiples. C’est pourquoi il est recommandé de veiller à respecter l’alternance des phases de sommeil et d’éveil, d’ailleurs les médecins insistent souvent sur la qualité du sommeil, prérequis à un état de bonne santé générale.

Les imprécateurs qui cherchent à s’attirer davantage d’audience – avec la bonne vieille recette selon laquelle la peur fait vendre – en évoquant les dangers de la lumière bleue ne disent rien de plus : si la lumière naturelle synchronise notre horloge biologique, certaines lumières artificielles peuvent la désynchroniser si elle sont mal utilisées.

Les fabricants d’éclairage sont très actifs dans ce domaine, en matière de R&D : sous les appellations Human Centric Lighting, éclairage biodynamique, éclairage circadien… on retrouvera des solutions qui cherchent à améliorer notre confort et notre bien-être grâce à une lumière bien dosée, au bon moment : c’est l’objet de la campagne européenne #BetterLighting.

Conclusion

  1. L’éclairage artificiel n’est pas dangereux, il est testé et certifié sans danger selon les dernières normes en vigueur.
  2. La lumière à forte composante de bleu, mal utilisée, peut perturber notre rythme circadien, d’où le conseil bien connu :« éviter les écrans le soir ».
  3. Il est erroné de parler de « danger de la lumière bleue » pour évoquer ces effets non visuels sur l’homme.
  4. Bien dosée, et bien utilisée, la lumière artificielle peut procurer un bien-être supplémentaire tout en permettant la poursuite des activités humaines.
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